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samedi 12 août 2017

Office - Hua Li Shang Ban Zu, Johnnie To (2015)

Hong-Kong, 2008. Le jeune idéaliste Lee Xiang et la surdouée Kat Ho font leurs débuts chez Jones & Sunn, une multinationale sur le point d’entrer en bourse. Alors que la banque Lehman Brothers fait faillite aux États-Unis, la tension commence à se faire sentir au sein de l’entreprise. Lee Xiang et Kat Ho vont petit à petit découvrir le monde extravagant et outrancier de la finance…

Johnnie To n’avait pas eu les honneurs d’une sortie salle en France depuis La Vie sans principe (2012) et Office est l’occasion de souligner le style versatile du réalisateur hongkongais. C’est par le polar que Johnnie To devient la coqueluche de la critique française et notamment l’excellent The Mission (1999). Avant cette réussite il avait pourtant tâté de tous les genres, de l’action survoltée des super héroïnes du diptyque Heroic Trio/Executionners à tout un pan de comédie cantonaise bien grasse. Même si le polar crépusculaire demeure son genre de prédilection, Johnnie To a plus d’une corde à son arc et on a pu en avoir un aperçu dans le virtuose dans Sparrow (2008), histoire de pickpocket où planait l’influence du Jacques Demy des Parapluies de Cherbourg (1964). Ce penchant pour la comédie musicale est plus explicite dans Office où il se mêle aux préoccupations socio-économiques de La Vie sans principe.

On suit là les méandres d’une multinationale hongkongaise sur le point d’entrer en bourse à la veille de la crise financière de 2008. Le film adapte la pièce de Sylvie Chang (également interprète et scénariste ici) et nous fait découvrir à travers le regard des juniors Lee Xiang (Ziyi Wang) et Kat (Yueting Lang) les enjeux économiques et les rivalités intestines qui règnent au sein du groupe. Le président (Chow Yun-fat) a ainsi délégué les pouvoirs à sa maîtresse Winnie (Sylvie Chang) qui semble pourtant comploter dans son dos aidé de son âme damnée David (Eason Chan). La dénonciation du capitalisme mêlée de sous-intrigue de soap opera tourne assez court ici malgré l’interprétation convaincante et l’aspect comédie musicale ne décolle pas (à l’exception de la scène touchante où deux personnages chantent la nostalgie de leur région natale) noyé sous la pop cantonaise mielleuse. Des films hollywoodiens comme Margin Call (2010) ou en plus ancien La Tour des Ambitieux de Robert Wise (1954) ou Patterns de Fielder Cook (1956) traitent la question de façon bien plus pertinente.

L’intérêt est donc avant tout formel et To déploie des trésors d’inventivité pour illustrer les jeux de pouvoirs de ce monde de faux-semblants. L’aspect de fourmilière étouffante et aliénante de cette vie de salary-man se ressent dans le rituel allant du métro encombré (et où la préoccupation financière ne disparait jamais voir tous les regards braqués sur le manuel d’un voyageur Comment devenir riche) à l’entrée de la multinationale où l’on fait la queue pour prendre l’ascenseur - l’ambition étant de prendre celui du milieu, emprunté par les cadre supérieurs qui n’ont plus à attendre. Le réalisateur déploie une véritable scénographie jouant des dispositifs d’entreprise moderne avec ce gigantesque open-space tout en baies vitrées transparente où l’on observe, espionne et médit sur le collègue rival, sur le supérieur imbitable, sur le subalterne aux dents longues. Les influences du Jacques Tati de Playtime (1967) se marient ainsi au ton oppressant des Temps Modernes (1936) et à défaut d’être mémorables, la niaiserie musicale des passages musicaux joue avec ironie de cette atmosphère concurrentielle et de défiance permanente. 

Le décor conçu par William Chang (fidèle collaborateur de Won Kar Wai) est une création incroyable qui assume la dimension théâtrale du matériau d’origine tout en lui conférant une puisse évocatrice toute cinématographique. L’activité est capturée par une mise en scène fluide où selon l’humeur, le fourmillement interne s’observe dans toute son agitation anonyme ou alors joue d’une véritable scénographie dans la disposition des employés dans le décor, soumis, en attente ou défiant. La 3D joue habilement de la profondeur de champ et de ce sentiment de paranoïa permanent sous le ton plutôt léger du film. 

L’atmosphère est claustrophobe, les rares extérieurs font plus factice que les bureaux et cette transparence se prolonge même dans la vie personnelle des employés (transparence vie privée/vie professionnelle mais aussi dans ces même baies vitrées donnant sur l’extérieur dans l’appartement de Sophie (Tang Wei). Tout ce qu’il y a de convenu et attendu dans les situations et le scénario est donc superbement transcendé par les trouvailles formelles de Johnnie To dans cette jolie réussite. 

En salle


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