Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

dimanche 1 juin 2014

Elle s'appelait Scorpion - Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bô, Shunya Ito (1972)

Matsu, surnommée Sasori, est une prisonnière rebelle, haïe et maltraitée par le directeur de la prison. En rentrant d'une journée de travaux forcés, Mastsu s'échappe en compagnie de quelques autres prisonnières. Le directeur de la prison fera tout pour les retrouver, mortes ou vives.

La Femme Scorpion (1972) avait constitué un grand succès consacrant l’incursion de la Toei dans le Pinku Eiga tout en faisant de Meiko Kaji une véritable icône. Le film constituait encore une pure œuvre d’exploitation où le message féministe rageur s’intégrait à une intrigue et des situations typiques du genre, entre érotisme racoleur et violence sadique. Ce deuxième volet prend un tour bien plus radical dans son propos, tirant vers des territoires inattendus les bases posées par le premier. Suite aux évènements de La Femme Scorpion, notre héroïne Sasori (Meiko Kaji) a été ramenée en prison et placée en isolement dans une cellule insalubre par pure vengeance du directeur qu’elle a humilié et rendu borgne. Le début du film joue donc à fond des motifs d premier volet avec cette ambiance carcérale oppressante, ce sadisme révoltant dans les maltraitances que subit Sasori mais aussi dans l’ambiance délétère et l’absence de solidarité entre prisonnière. 

Tous ces éléments prendront une tournure exacerbée lorsque Sasori va s’évader en compagnie de six autres prisonnières. La Femme Scorpion disposait d’une trame qui tendait toute entière vers l’objectif de vengeance de Sasori, filant droit tout en intégrant facette racoleuse et/ou vindicative. Elle s’appelait Scorpion est bien différent, constituant un récit d’errance sans but pour nos évadées. Le directeur de la prison constitue certes un antagoniste, mais pas aussi intimement lié à l’héroïne que le fiancé sournois du premier film. Le directeur figure en fait ici le japonais dans son ensemble, dominateur, indifférent et cruel envers les femmes. Les prisonnières fuient donc cette oppression masculine symbolisant la société japonaise et exacerbée par le contexte de la prison où, à la merci de leur geôliers hommes les malmenant à leur guise.

Shunya Ito semble faire de ces femmes des figures sacrificielles dont les souffrances constituent comme un cycle perpétuel. Ces tourments en ont d’ailleurs fait des êtres bestiaux et brutaux dont les écarts finissent par rapprocher de ceux qui les persécutent. Ainsi avant l’évasion les compagnes de Sasori vont la brutaliser dans la fourgonnette de la prison car elle semble avoir trop appréciée à leur gout le pourtant insoutenable viol collectif qu’elle a subie sous leurs yeux. Le réalisateur va ainsi convoquer une imagerie surréaliste de théâtre kabuki pour à la fois signifier la nature ancestrale de la soumission féminine mais aussi pour montrer les dérives où elle a conduit avec e détail des crimes de chacune des évadées, tout sauf des oies blanches. Infanticides, meurtres, malveillance, toutes semblent être devenues à leur tour des monstres, seul moyen de se montrer l’égal de l’ennemi masculin. Cette dimension de malédiction se manifestera aussi par la rencontre d’une sorte de spectre de vieille femme marquée par une douleur qui restera inconnue.

Sasori est finalement très en retrait de ce second volet. Elle avait représenté la revanche des femmes dans La Femme Scorpion où en punissant avec une rage jubilatoire tous ceux l’ayant trahie. Elle est plutôt ici observatrice, ne pouvant être placée au même niveau que ses acolytes basculant dans une barbarie primitive quand chacune de ses actions signifiera toujours une vengeance concrète et ciblée. 

La mise en scène de Shunya Ito oscille ainsi entre naturalisme (tous les effets pop et cadrages alambiqués du premier film ont disparu) et onirisme faisant du film un long cauchemar ininterrompu. Les personnages traversent des contrées montagneuses et désertiques à l’image de leur avenir sans espoir, chaque rencontre est synonyme de mort provoquée ou subie et la photo de Masao Shimizu baigne l’ensemble dans une ambiance automnale baroque et oppressante. Le film va en fait plus loin que la réflexion féministe première en posant un constant désespéré de l’humanité et plus précisément du Japon. 

Cette évocation de l’invasion de la Chine par le Japon et les exactions qui y furent commise (un personnage masculin racontant hilare leur méthode au front pour violer des chinoise) est tout sauf anodine, la barbarie des hommes ayant brisé ou transformé les femmes, rendant dans le film tout rapprochement impossible sauf dans l’abjection et la monstruosité (la longue séquence du bus où les prisonnière malmènent les passagers sans distinction). Meiko Kaji propose ici une prestation encore plus taciturne (elle prononce son premier mot dans le dernier quart d’heure), son regard noir et visage impassible n’exprimant plus seulement la rage intérieure mais aussi une forme de résignation et d’impuissance face à l’inexorable violence.

Il est ainsi dommage que sur la toute fin le film quitte cette approche aride pour recoller à celle vengeresse dont la vacuité nous a pourtant été démontrée. Un revirement sans doute imposé par la Toei (et histoire d’annoncer le troisième volet) mais qui ne fait pas illusion avec la mise en image de Ito. Le semblant de solidarité féminine ayant enfin cours en toute fin vient du personnage féminin le plus détestable et la conclusion revanchard (où Sasori reprend sa mythique tenue d’ange de la mort avec chapeau et imper noir) est loin de l’exaltation ressentie dans le film précédent, faisant presque de cette assouvissement une scène de rêve. Entre la furie de La Femme Scorpion et la désolation de celui-ci, la saga s’affirme en tout cas passionnante et témoigne de l’agitation idéologique d’alors au Japon.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé dans un coffret regroupant tous les épisodes de la saga


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire